Comment améliorer le recyclage en France ?

Très intéressante conférence que celle organisée par Culture Papier autour de la recyclabilité du papier. Pour un débat qui va bien au-delà des méthodes en mettant en avant le manque de conscience individuelle du citoyen.

Le papier est-il une matière recyclable comme les autres ? La réponse de Paul-Antoine Lacour, (Copacel) est nette : non, et pour trois raisons, le papier est une matière organique, renouvelable et pour lequel existent des systèmes de garantie de son recyclage. Dans les faits, explique Julien Dubourg (Citeo) ,57 % des papiers sont recyclés en France contre 86 % pour le verre et 65 % pour le carton. Ce n’est pas mal mais on peut mieux faire. L’objectif étant d’atteindre les 65 % d’ici 2022.

Oui, mais comment ? Là, les choses se compliquent. Philippe Groulez (Paprec) rappelle que trois métiers cohabitent dans la chaîne du recyclage : la collecte, le tri et le recyclage lui-même par les papetiers. Pour deux types de déchets : ceux de la post-production qui ne posent aucun problème et les déchets post-consommation, bien plus difficiles à traiter. Et, si des progrès sont réalisés, c’est grâce à l’évolution de la technologie non à celle des consciences individuelles. Les chaînes de tri françaises sont parmi les plus performantes du monde, ce qui a permis à Paprec de passer de 40 % de déchets non recyclables sur les machines à 80 % grâce à l’optimisation du tri. Restent que les techniques les plus pointues ne différencient pas certains papiers de certains polymères plastiques sur les chaînes.

 

Haro sur le manque de conscience individuelle

 

Tous d’accord, le citoyen n’est pas raisonnable. Il faut l’éduquer. Ainsi, chez Antalis, explique Deborah Dorosz, on lutte depuis cinq ans contre les idées reçues avec des campagnes visant à remettre les clichés traditionnels en perspective. Antalis va d’ailleurs sortir cet été un guide du recyclage pour informer et donner des pistes d’organismes auxquels s’adresser pour recycler.

Le rôle des collectivités locales n’est pas des moindres pour faire évoluer le citoyen. Et les producteurs de papier recyclé n’ont pas attendu et se sont pris en main pour assurer leur approvisionnement. C’est le cas, entre autres, de Norske Skog Golbey, comme l’explique Gabriel Langlois. Il faut à la papeterie 500 000 t de papier récupéré par an pour fabriquer son papier journal, du papier récupéré dans la logique de l’économie circulaire. Pour ce faire, la papeterie accompagne les collectivités locales pour la mise en place du tri. « Nous avons des millions d’habitants trieurs et nous aidons à communiquer avec la population », précise-t-il. Pour un circuit qui respecte les sortes, un carton redevenant carton, un papier redevenant papier, dans la hiérarchie des normes.

« Il faut développer la collecte, la performance environnementale mais aussi économique » ajoute Julien Dubourg (Citeo). « Et faire rentrer les bonnes pratiques dans les moeurs », conclut Philippe Groulez.

 

Oui, mais comment et quoi trier ?

 

Une fois que l’on a mis en avant le manque de conscience du citoyen français, il faut bien se poser la question de savoir ce que doit faire ce citoyen pour être « trieur correct ». Et là non plus les choses ne sont pas si claires.

Avec l’évolution des techniques de tri, les municipalités permettent de plus en plus de mélanger, dans les fameuses poubelles jaunes, papier, plastique, métal… Ce qui, à l’évidence, pose problème. « La collecte mixte ne favorise pas la préservation de la qualité », commente Jacques Vernier, président de la commission des filières de Responsabilité élargie des producteurs (REP) de déchets. Et Gabriel Langlois de renchérir : « Attention aux mélanges. Les fibres blanches mélangées aux fibres brunes interrompent la boucle de recyclage. Attention donc aux décisions prises sans prendre en compte tous les aspects.  D’autant que depuis le début de l’année, la non-qualité s’est développée, notamment à cause des papiers mélangés que la Chine refuse désormais et qui restent en France.»

Idéalement, il faudrait plus de tri en amont, estime Philippe Groulez, mais, comme le dit Guillaume Lejeune (Stora Enso), attention à ne pas imposer trop de contraintes au consommateur. « Il y a en effet un risque à trop segmenter le tri à la source », ajoute Julien Dubourg.

Donc, il faut arriver à améliorer le tri en amont, sans décourager le consommateur par trop de complications. Il semble que la Suisse ait trouvé une solution intéressante. En Suisse cohabitent trois poubelles différentes pour le papier, trois pour le plastique, deux pour les métaux plus une pour le compostage et les déchets non recyclables sont mis dans des sacs payants à deux euros pièce.

Le support du coût du recyclage est donc en grande partie assumé par le citoyen et cette décision n’a pas été prise par l’état mais par les citoyens eux-mêmes qui ont voté pour avoir une part plus active dans le recyclage et ils ont compris que le tri qu’ils assurent en amont ne sera plus une charge ensuite et qu’ils ne paieront que sur les déchets finaux, c’est-à-dire les non recyclables. Ce qui a entraîné un changement de comportement sur toute la chaîne. Maintenant les Suisses abandonnent leurs emballages plastiques et non recyclables dans les supermarchés, leur laissant la charge du recyclage avec l’objectif de voir les distributeurs et les fabricants changer leurs emballages pour des recyclables à l’avenir.

Mais ce qui convient à la Suisse est-il transposable à la France ? Une première solution, plus douce, peut être une séparation du fibreux et du non fibreux. On pourrait aussi aborder le problème de l’étiquetage pas suffisamment au point et clair pour le consommateur. Mais, d’une manière ou d’une autre, les citoyens vont devoir prendre leurs responsabilités. On ne peut rajouter taxe sur taxe et faire peser les coûts sur les industriels papetiers qui ont déjà vu leur matière première augmenter dans de fortes proportions en quelques années.

 

MD

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