PCR : quand la Chine perturbe le marché

Quelles seront les répercussions sur les marchés mondiaux et français des décisions chinoises en matière de papiers et cartons à récupérer ? Etat des lieux…

 

Tout a commencé en juillet 2017, date à laquelle la Chine a officiellement notifié à l'OMC (Organisation mondiale du commerce) qu'elle allait interdire les importations de déchets de papier non triés (principalement des papiers mélangés) d'ici la fin de 2017.

Outre cette interdiction d'importation, la Chine annonçait un plan d'action national pour améliorer le recyclage domestique, réviser son système de gestion des permis d'importation de PCR désormais distribués avec parcimonie aux industriels chinois et réduire les importations de déchets solides par volume et par catégorie. La campagne de contrôle par les douanes chinoises des matières recyclées importées, baptisée Ciel Bleu 2018,était lancée.

 

Les forces en présence

Lors de la conférence sur les prévisions papetières organisée par Risi à Barcelone début mars, Rod Young, analyste expert chez Risi, analyse la situation.

La demande mondiale de pâte a été de 388 Mt en 2016 dont 54 % pour la pâte recyclée, une utilisation qui croît avec la progression de la demande dans l’emballage. On sait bien que la croissance de la demande pour les fibres recyclées provient d’abord d’Asie, puis d’Amérique du Nord, d’Europe et d’Amérique latine. La Chine étant le plus gros acheteur de PCR depuis plusieurs années. L’Amérique du Nord, l’Europe, le Japon et l’Océanie sont les principaux fournisseurs à l’Asie. En 2016, les importations chinoises de PCR ont représenté 36 % (28 Mt) de ses besoins, le reste étant alimenté par la collecte domestique (50 Mt).

En Europe de l’Ouest, les exportations de PCR ont représenté, en 2016, 15 % des 53 Mt consommées mais en 2017 les exportations européennes de papiers mélangés et d’ONP (papier journal récupéré) ont significativement chuté.

Côté prix, en Chine, les prix des CCO (caisses carton ondulé) importés suivaient l’évolution du prix des CCO domestiques. Mais en 2017, ces prix sont partis dans des directions opposées, faisant le yoyo.

Les papiers à recycler mélangés représentaient, en 2016, 20 % (5,7 Mt) des importations chinoises de PCR, les ONP 18 % et les CCO 59 %. Et ses deux grands approvisionneurs de papiers mixtes sont les Etats-Unis (35 % des 5,7 Mt importées) et l’Europe (32%) en 2016. Déjà en 2017, les importations chinoises de vieux papiers mélangés sont tombées à 4,9 Mt.

 

Alors, où vont aller ces papiers mélangés rejetés par la Chine ?

Rod Young estime qu’ils pourraient en partie rester dans leur région d’origine pour alimenter les usines, ou être mieux triés pour en augmenter la qualité, mais aussi aller en décharge ou être brûlés pour faire de l’énergie.

Mais l’autre question est bien de savoir si le reste de l’Asie peur prendre plus de vieux papiers mélangés pour répondre à la croissance de sa demande mais une croissance de toutes façons insuffisante pour absorber ce que la Chine ne veut plus. D’autant qu’à terme, rien ne dit que ces autres pays ne vont pas adopter les mêmes restrictions que la Chine.

Les prix de sortes mélangées ont logiquement baissé en fin d’année 2017 et début 2018.

 

Plusieurs questions sont à ce jour sans réponse :

- La Chine réduira-t-elle significativement son quota d'importation de PCR total pour 2018-2019?

• Qui peut obtenir les permis? Près de 5 millions de tonnes de permis ont été délivrés à ce jour au premier trimestre de 2018.

- Quid du seuil de capacité de 50 000 tonnes ?

- Quid des commerçants ?

- Et, surtout, y aura-t-il des corrections et un assouplissement dans la nouvelle politique d’importation chinoise à l ‘avenir ?

Parce que tout n’est pas si simple pour l’industrie chinoise. Sa demande en PCR est en croissance, mais la collecte domestique sera-t-elle suffisante pour alimenter les usines?

Sans doute pas ! Alors quelles solutions les Chinois peuvent-ils adopter ?

Importer plus de vibre vierge, certes mais il n’y a pas pour le moment tant de capacités disponibles de pâte UKP (kraft non blanchie) sur le marché mondial.

Sans doute aussi, la Chine devra importer plus de papier et carton fini.

Finalement, la nouvelle politique d’importation des PCR dépendra de la façon dont le gouvernement chinois considère son industrie papetière. Et, de toutes évidence, cette politique chinoise aura des répercussions non seulement sur les marché des fibres récupérées mais aussi sur toute l’industrie papetière globale, notamment celle du carton et du carton ondulé.

L'importance de la collecte séparée

Sur le sujet, la CEPI affirme que l'industrie européenne du papier investit et continuera à le faire au cours des prochaines années dans de nouvelles capacités de recyclage du papier qui garantissent que le papier de haute qualité destiné au recyclage reste en Europe. Des efforts seront faits pour mettre en œuvre les normes européennes sur la qualité du papier recyclé (EN 643) et la collecte séparée du papier des autres matières recyclables.

La CEPI commente : "On estime que moins de 5% du papier collecté en Europe a été directement touché par l'interdiction chinoise des déchets importés. Cela donne néanmoins l'impulsion à l'industrie pour faire avancer le papier de qualité pour le recyclage. C'est également une indication que les systèmes de collecte mélangés ne sont plus supportables du point de vue de l'environnement et du marché."

Note à l'éditeur:

CEPI rappelle que l'Europe a collecté 72,5% de tous ses papiers  pour le recyclage, tandis que 83% (50 millions de tonnes) de ce recyclage sont fabriqués dans les papeteries européennes. 

En France, quelles répercussions ?

Lors de la conférence Copacel de mars sur le bilan 2017 et les perspectives 2018 de l’industrie papetière française, Yves Herbaut, vice-président Copacel et DG de Emin-Leydier, a fait le point sur la situation française.

Pour la plupart des sortes, les prix des PCR, en 2017, ont été en moyenne annuelle supérieurs à ceux de 2016. Par exemple, par rapport au niveau moyen de 2016, les caisses en carton ondulé se sont enchéries de 12 % en 2017. Les PCR achetés par les industriels papetiers en vue de leur recyclage ont représenté une valeur d’achat de l’ordre de 710 M€, en hausse de 9 % par rapport à 2016.

Ces comparaisons doivent cependant être complétées par une analyse intra-annuelle, qui met en évidence deux périodes avec des dynamiques de marché très différentes. Durant une première période (jusqu’en juillet) la croissance de l’activité papetière, combinée à des flux de grand export de PCR, a conduit à un mouvement haussier des cours pour l’ensemble des sortes.

Depuis août, le mouvement est en revanche baissier pour plusieurs sortes, ceci en raison de la diminution marquée des exportations de PCR vers la Chine, qui a eu pour effet de modifier l’équilibre offre/demande dans les zones du monde exportatrices de PCR (Europe et USA principalement).

La restriction par la Chine des importations de PCR offre des opportunités de meilleure valorisation en France et en Europe de cette ressource, mais pose des questions en termes d’évolution de la qualité. La mise en place par la Chine d’une politique restreignant fortement les importations de déchets en mélange va, selon toute vraisemblance, continuer à faire sentir ses effets en 2018 et durant les années suivantes. Fondamentalement, cette décision signifie que davantage de déchets seront disponibles pour être recyclés en France et en Europe. Cette décision rappelle en outre la nécessité d’assurer un tri répondant aux besoins de qualité des industriels papetiers assurant le recyclage des déchets, sujet qui devrait être plus fortement pris en compte dans la définition en cours d’une Feuille de Route «Economie Circulaire ».

Et Yves Herbaut de noter que, conséquence à court terme de la décision chinoise, associée à d’autres causes spécifiques à la France (extension des consignes de tri à tous les emballages ménagers en plastique notamment), la qualité des PCR s’est fortement dégradée sur la fin de l’année 2017, et risque de suivre cette tendance en 2018. A moyen terme toutefois, l’évolution de la demande chinoise devrait conduire à une amélioration de la qualité des PCR par les opérateurs en charge de leur collecte et de leur tri.

Et Yves Herbaut de conclure : les papetiers doivent amener de la cohérence dans la chaîne de contrôle, favoriser le recyclage de proximité et accepter qu’il y ait un coût de marché. Et pourquoi pas jouer la carte de la couverture financière à l’exposition aux matières premières ?

 

Le rôle de la couverture financière

La couverture est une pratique qui consiste à se protéger contre un risque non désiré en employant un instrument financier adéquat, en général des produits dérivés. C'est un comportement général employé aussi bien par les industriels, qui cherchent à se prémunir contre les fluctuations des marchés de capitaux, que par les investisseurs sur les marchés financiers.  
La couverture financière représente une fraction, une partie du montant d’une opération libellée en « Règlement différé ». La couverture sert comme garantie contre la volatilité ainsi que contre le risque de marché. Comme elle n’immobilise qu’une partie de la transaction, la couverture crée un effet de levier.

Stephen Blyth, directeur financier de Sappi Europe, toujours pendant la conférence Risi, détaille les avantages du système : une ligne de revenus (ou de coût) qui devient prévisible, la sécurisation du financement et les investissements de projets, la protection de la valeur pour les actionnaires. Le système permet aussi d’exercer un contrôle sur les prix et opérations et autorise des solutions de tarification créatives.

Mais les freins existent. Souvent parce que les entreprises ne comprennent pas le risque encouru ou pensent qu’il est minime et que la couverture coûte trop cher. Les industriels peuvent aussi penser qu’un retournement de situation peut se produire ou qu’il y a un manque de liquidité sur le marché de la couverture. Il s’agit donc d’évaluer tous les aspects avant de prendre une décision.

M.D.

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